Matrices
Matrices [23]
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« MATRICES » Variations selon Gogol
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« MATRICES » Variations selon Gogol
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« MATRICES » Variations selon Gogol
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Xylographie 100x70cm
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fou matrice sur carton
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matrice xylographique

« MATRICES » Variations selon Gogol :
l’Homme portraituré - Trois séries de JMarc léger (Pilotmotiv)

« …le portrait est découvert et regarde, ne regarde rien que lui, le regarde simplement droit au cœur… Son sang se glace. Il voit : le vieillard a bougé, a soudain posé ses deux mains sur le cadre. Enfin il s’est soulevé sur les mains, a ramené les jambes sous lui, a sauté hors du cadre… A travers les fentes du paravent, on ne voyait plus que le cadre vide. On entendait dans la pièce le bruit de pas qui s’approchaient du paravent. Le cœur du pauvre peintre battait de plus en plus fort. Le souffle coupé par l’épouvante, il attendait le moment où le vieillard dépasserait le paravent. Et voilà, justement, il apparaissait, de ce côté-ci du paravent, avec son visage de bronze et ses larges yeux.». Extrait de la nouvelle fantastique intitulée Le Portrait où l’illustre écrivain russe d’origine ukrainienne Nicolaï Vassiliévitch Gogol (1809 – 1852) imagine un jeune peintre au prise avec un portrait ensorcelé, terrifiant et maléfique. Ce portrait intrusif lui apporte la renommée, l’argent puis le doute, le désespoir, la démence. Une première version est publiée en 1835, une seconde en 1843. Bien difficile d’en interrompre la lecture!
Lui-même fasciné par l’imaginaire de Gogol (Le Manteau, Le Nez, Le Journal d’un fou, La perspective Nevski), JMarc Léger (Pilotmotiv) propose un extrait d’un ensemble de séries de cinq monotypes xylographiques librement inspirées ici du Portrait.
Absorbé par l’image qui l’observe dans l’acte de peindre, l’artiste garde la main. Le Portrait prend parfois l’ascendant sur le peintre, est tenté de conduire le trait gravé et le pinceau. Le recours au lapidaire est alors nécessaire pour contrôler le sujet, l’extraire et fixer le tout. Il s’agit d’un même personnage. Les passions changent. Le même personnage énigmatique et ses métamorphoses. Un autre Passe-muraille figé par la matière ?
Une première série affiche le portrait d’un homme élégant, distingué, sûr de lui et sans doute incisif (L’Homme au béret). Dans une seconde, l’homme est laminé par le doute, les remords (Le Mauvais œil). Il redresse la tête et s’adresse au ciel. Enfin, la série finale montre l’homme égaré, les yeux effarés, se contemplant vainement lui-même et cherchant une issue vers l’extérieur réel, agrippant le regard du visiteur, vivant passant (Le Fou).
Pour ces séries, JMarc Léger entaille, cisaille Le Portrait au lapidaire, à grands traits vifs sur une matrice en bois. Après encrage, les estampes sont réhaussées de gouache au pinceau. Puis il revient à la matrice. Il accentue les incisions, réencre, ajoute encore des aplats de gouache, retouche l’estampe. Processus d’enrichissement progressif de l’estampe devenant unique. L’exécution est rapide, enlevée, expressive. Pas de retour en arrière possible. Le lapidaire ne le permet pas. La gouache apaise, panse les écarts à vif. C’est comme un remède. Un baume qui soigne les cicatrices du visage arraché à la matrice en bois. Le portrait errait, caché dedans. Il fallait l’en dégager, le forcer à se montrer, s’imposer comme un portrait. D’où le recours au lapidaire. JMarc Léger le convoque avec force.
Gogol a décrit cette puissance surnaturelle, picturomaniaque, terriblement attirante.
Réflexion de JMarc Léger sur la peinture et notre image. L’effet- miroir. Le véritable sujet est la peinture elle-même, le regard qu’on y porte, son pouvoir de fascination absolu, de réduction puis de captation hypnotique.




Les Portraits de JM Léger sont mouvants, fugaces, toujours imaginaires ici mais très proches et immobiles. Qui regarde l’autre ?
JMarc Léger rend visible ce qu’il aperçoit dans la matrice par un travail qui procède de celui du peintre, du graveur et du sculpteur. Les couleurs profondes choisies aux confins du spectre renvoient vers un monde intérieur essentiel. Le Portrait est saisi ici comme une image mentale, une vision rémanente et très fugitive, prête à retourner hanter nos rêves, le tréfonds de nos consciences.

François Raphaël Loffredo