... 14 octobre 1946 Saint-Aubin D'Aubigné ( Ille et Vilaine)...10 mars 1996 Villejuif (Val de Marne)... "J'aime Matisse, Dufy, Joan Mitchel, comme j'ai aimé Fredrich, Boklin, Rotko, tous les peintres qui ont utilisé la couleur ; j'aime trop le plaisir pour m'en priver." 1994
Jeune peintre, je m'intéressais à l'Arte Povera, à Supports Surfaces,
au Minimalisme, et j'exécutais des travaux fort semblables.
De nombreuses rencontres avec Marc Devade surgit
contradictoirement, non pas un adoubement à toutes ces théories,
mais une croyance renforcée vers tous les doutes qui s'emparaient de moi.
Je ne croyais pas en leurs dogmes, en la répétitivité mécanicienne
de leurs travaux, leurs certitudes...
Pour moi, en 1975 l'abstraction était périmée, car trop liée aux
chaos, aux théories et aux systèmes qui avaient empoisonné le monde.
Je n'étais fasciné que par leurs interdits, dogmes intangibles qui
sous-tendaient leur univers théorique, tout ce dont il fallait se garder :
tendre une toile sur un châssis, travailler sur un sujet, être debout
face à la toile, donner un titre pourquoi pas poétique. Je me
laissais gagner par mes angoisses, mes désirs, traversais une
première crise mystico-figurative, lisse et glacée, créée en partie
par la découverte de l'univers aseptisé des plages normandes.
Suivraient ensuite le choc et les répercussions des oeuvres de
Matisse vues en Russie, puis progressivement lors de séjours chez
des amis, viendrait une peinture de l'instant, peintures prises de
notes, qui se souvenaient de mes premières amours.
Journal où je faisais sur la toile défiler les jours, les événements,
des lieux que je voulais garder, mémoriser, écrire avec de la
couleur ; mettre en cage dans l'espace du châssis afin qu'il ne
m'échappe plus.
Bernard DELAUNAY 1995
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